Deuxième journée de manifestations contre l'OMC à Montréal

 

Par Doug Palmer et Gilbert Le Gras

MONTRÉAL (Reuters) - La perspective d'un accord sur les politiques agricoles s'estompait mardi à la réunion de l'Organisation mondiale du Commerce à Montréal, tandis que les militants altermondialistes manifestaient pour la deuxième journée consécutive.

Plus de 200 personnes ont été arrêtées lundi lors d'affrontements entre policiers et manifestants, dont certains ont fracassé des vitrines de magasins et endommagé des voitures de luxe près de l'hôtel montréalais où sont réunis jusqu'à mercredi plus d'une vingtaine de ministres du Commerce.

Certains manifestants s'en sont pris aux vitrines du distributeur de prêt-à-porter Gap, du restaurateur Burger King et de la Banque de Montréal.

Les policiers affirment que des projectiles, parmi lesquels des balles de golf et des billes d'acier, ont été lancés en leur direction et vers des voitures stationnées et des magasins.

Les manifestants ont entamé mardi peu après 10h00 une nouvelle marche dans le centre-ville en direction du lieu de rencontre de l'OMC.

Pendant ce temps, à l'intérieur du périmètre de sécurité entourant l'hôtel, l'optimisme commençait à s'amoindrir sur les perspectives d'un accord au mini-sommet, d'après le ministre néo-zélandais du Commerce Jim Sutton .

"Rien de ce qui a été dit par l'Union européenne ou le Japon ou les grands protectionnistes de l'agriculture ne peut nous donner raison d'être optimistes jusqu'à maintenant", a indiqué à Reuters Jim Sutton.

ECARTS NOTOIRES

La plupart des représentants aimeraient bien voir les États-Unis et l'Union européenne conclure un accord sur l'agriculture qui pourrait être appuyé par les 144 autres membres de l'OMC lors de la conférence ministérielle de Cancùn, au Mexique, en septembre.

Mais les deux parties demeurent très divisées sur les trois principaux aspects de la question agricole, à savoir le soutien domestique, les subventions à l'exportation et l'accès aux marchés.

De plus, l'Union européenne aimerait ajouter un quatrième aspect aux négociations sur l'agriculture qui traiterait des "indications géographiques" visant à empêcher les producteurs étrangers de vendre certains produits utilisant des noms d'endroits européens.

L'Union européenne a dressé une liste provisoire de 36 "marques" alimentaires qu'elle croit nécessaire de protéger, dont le jambon de Parme, le Bordeaux, le Roquefort et le Champagne.

Le directeur général de l'OMC, Supachai Panitchpakdi, a indiqué à Reuters qu'il s'attend à ce que Washington et l'UE informent les autres pays mardi des progrès enregistrés.

"Je crois assurément que les États-Unis et l'UE travaillent ensemble sur l'agriculture. Mais quant à savoir le progrès effectué, nous n'avons rien entendu hier. Nous espérons aujourd'hui", a-t-il dit.

Selon un porte-parole du commissaire européen à l'agriculture, Franz Fischler, les négociations entre Washington et l'UE sont "difficiles".

"Beaucoup de gens réclament un leadership, et c'est ce qu'ils reçoivent de l'Union européenne. L'idée est de rallier les Américains pour trouver un terrain d'entente sur l'agriculture", a dit le porte-parole.

L'Union européenne soutient que ses récentes réformes agricoles lui procurent un avantage dans les discussions et qu'il est temps que les autres se montrent plus flexibles.

Mais Washington et le groupe Cairns -- qui regroupe des pays exportateurs agricoles -- estiment que la proposition de Bruxelles visant à réduire les tarifs douaniers agricoles est encore inadéquate.

L'UE s'oppose par ailleurs à l'élimination de toutes les subventions à l'exportation mais se dit prête à discuter de cette mesure pour certaines matières premières.